Radiothérapie : avoir confiance ?
Par mesure de précaution, le ministère de la Santé a suspendu des radiothérapies dans quatre établissements hospitaliers de France : Nancy, Montpellier, Tours et Paris.
A l’origine de cette suspension d’activité annoncée lundi par le ministère de la Santé, un dysfonctionnement du dispositif produit par la société allemande Brainlab destiné à traiter les tumeurs localisées et les malformations du cerveau. Bien qu’aucun effet délétère n’ait été observé chez les 620 patients concernés en France, une suspension d’activité des ces dispositifs a été imposée suite à information communiquée par la société Brainlab au ministère de la Santé révélant « un dysfonctionnement d’un type d’appareil de radiothérapie stéréotaxique consistant en une déviation d’environ 1 millimètre du faisceau de rayonnement ».
Les 620 patients ont été également rappelés pour une consultation : le ministère a ainsi mis en place un numéro d’appel destiné à les informer ainsi que leurs proches :
le 0820 03 33 33 (12 centimes d’euros la minute).
Qu’est ce que la stéréotaxie ? Utilisée en radiochirurgie ou en radiothérapie, elle permet la visualisation en 3D de lésions intracrâniennes ainsi que le traitement de ces dernières via des microfaisceaux de haute énergie.
Cet épisode tombe mal…Suite aux accidents survenus à Lyon, Grenoble, Tarbes où une patiente a subi une irradiation au césium 137 suite au décrochement accidentel d’un appareil, ou Toulouse, au CHU de Rangueil où une surexposition aux radiations de 145 patients avait été clairement identifiée entre avril 2006 et avril 2007, la série continue.
Paradoxalement, la radiothérapie est une activité en plaine expansion : 180 000 patients y ont recours chaque année. « Pratique justifiée, bénéfique pour le traitement des cancers, elle exige beaucoup de rigueur de la part des opérateurs », selon l’Autorité de sûreté nucléaire dans son rapport en 2006.
Cependant, selon un spécialiste du risque sanitaire, le professeur Claude Got, « Ces incidents en série et leurs révélations ne sont pas forcément un mauvais signe ». « Avant, les accidents devaient exister, mais ils passaient inaperçus. Il y avait alors beaucoup d’approximations dans les traitements. Aujourd’hui, les contrôles sont plus nombreux et donc de petits surdosages sont perceptibles. Enfin, il y a des erreurs, liées à des nouveaux appareils avec des modes d’emploi compliqués. »
Cette opinion, partagée par le professeur Jean-Léon Lagrange, chef du service à l’hôpital Henri-Mondor à Créteil, met en évidence que la radiothérapie, en devenant plus performante, serait de plus en plus évaluée ce qui engendrerait une analyse beaucoup plus fine et plus facilement perceptible. « La radiothérapie est de plus en plus fine. La question du rapport bénéfice-risque se pose de manière plus aiguë. »
Toutefois, notons que les deux derniers accidents ont pour origine des problèmes d’entretien, de paramétrage de la machine et de connexion des systèmes informatiques.
Le professeur Lagrange ajoute qu’« Il n’y a plus, aujourd’hui, d’industries françaises. Les systèmes associés aux modes de calculs ne sont pas français. Il peut y avoir des problèmes de traduction. Ce n’est pas une explication des événements actuels, mais la France a perdu en bradant son imagerie médicale. »
Le plus grave accident causé par la radiothérapie reste celui d’Epinal, accident causant la mort de cinq patients et dont le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) mentionnait « des défaillances à répétition », « Mauvaise formation des opérateurs, logiciel fourni avec seulement un mode d’emploi en anglais, information déficiente et prise en charge médicale tardive des victimes ».
Toutefois, dans le dernier incident, les autorités sanitaires se veulent rassurantes et disent n’avoir pas « à ce jour identifié d’effet délétères » chez les 650 patients concernés.
Selon Jean-Claude Ghislain, directeur de l’évaluation des dispositifs médicaux à l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), « Ce qui est encourageant, c’est que l’on a pu détecter, cette fois-ci, l’anomalie avant qu’elle ne se traduise par des effets chez les patients. »
COMMENTAIRE
Un dispositif médical piloté par un progiciel,…un système expert, etc… est ce qui est de plus difficile à “marquer CE”. Il est aussi à noter que ces DM sont souvent d’origine étrangère et que la traduction de l’anglais vers le français est un risque supplémentaire. Pour finir l’amélioration du progiciel de pilotage d’un DM passe toujours par une phase d’apprentissage du personnel utilisateur ; la langue anglaise est aussi à ce stade une difficulté à surmonter